Dossier Haut Débiteur

L'offre Wimax d'Altitude Télécom sur le réseau Net27 du département de l'Eure (Octobre 2006)

Juillet 2005 : Le déploiement est lancé ...

Dans l'Eure Vive de Juillet 2005, on pouvait lire : « ... l'enfouissement de 340 km de fibre optique [...] va permettre, à brève échéance, de doter l'Eure d'un réseau à très haut débit exceptionnel ... »

Septembre 2006 : L'heure du bilan a sonné ...

Les Eurois peuvent se réjouir de voir leur département doté d'un tel outil et féliciter le Conseil Général de cette initiative. Ils peuvent surtout se réjouir de ne plus être laissés sur la touche pour cause de fracture numérique en admirant leurs voisins profiter sans retenue de ce qu'on appelle communément les nouvelles technologies. Les Eurois entrent enfin dans le monde du haut débit et même du très haut débit... Mais au fait, le haut débit, qu'est-ce que c'est ? Tout dépend de la période à laquelle on se situe car, au rythme où avance le train des nouvelles technologies, le haut débit d'aujourd'hui n'est plus le haut débit d'hier et est encore bien loin de celui de demain. Le terme de haut débit a pris naissance voici une dizaine d'années lorsque l'ADSL a fait son apparition. Cette technique a permis de dépasser la limite des 56 kbits par seconde que nos vieilles lignes téléphoniques avaient déjà bien du mal à supporter. Grâce à l'ADSL, les vitesses époustouflantes de 256 kbits/s et puis 512 kbits/s ont pu être atteintes : le haut débit était né !

Mais, les Eurois le savent bien, il n'y en a pas eu pour tout le monde ... depuis près de dix ans maintenant, nombreux sont ceux qui n'ont jamais pu goûter à cette ivresse. Ils paient pourtant leur abonnenent téléphonique depuis toujours au même tarif que tout le monde, mais n'ont pas droit au même niveau de service... Pendant ce temps, le haut débit a poursuivi son petit bonhomme de chemin pour arriver aujourd'hui (en France) à près de 20 Mbits/s et même 100Mbits/s dès l'année prochaine. Pour garder le même rapport qu'il y a dix ans entre haut débit (512 kbits/s) et bas débit (56 kbits/s), soit quasiment un rapport de dix fois, on peut aujourd'hui parler raisonnablement de haut débit à partir de 10Mbits/s, le bas débit se situant alors à 1 Mbits/s.

Les Eurois ont-ils donc vraiment de réelles raisons de se réjouir tandis que la fracture numérique persiste et même progresse ? Ils vont enfin pouvoir bénéficier de technologies dont leurs voisins disposent depuis près de dix ans et ils peuvent, à juste titre, se demander s'ils devront patienter dix années supplémentaires pour disposer du même haut débit que celui mis à disposition de leurs compatriotes dès 2007. Disons-le tout net : le haut débit qu'on nous propose n'en est pas et n'a de haut que le nom (et le prix) ! Le haut débit permet le triple play (téléphonie-internet-télévision). Celui de l'Eure n'autorise que le double play (téléphonie-internet). Qu'il s'agisse de Wimax ou d'ADSL, à moins de 5 Mbits/s, la vidéo peut rester au placard : pas de télévision bien sûr, mais pas de webcam non plus. Les dialogues avec la famille ou les amis restent sans images. Les films sont réservés à ceux qui ont du haut débit, du vrai !

Le réseau de fibre optique mis en place par le Conseil Général est bien entendu en mesure de fournir du haut débit et même du très haut débit. Mais alors, pourquoi l'utilisateur ne pourrait-il pas en disposer ? Parce qu'entre le réseau et l'utilisateur final se trouve un opérateur, un exploitant ou un délégataire, appelons-le comme on veut, mais dont l'objectif, en tant qu'entreprise commerciale, est de faire des bénéfices. L'histoire se répète inlassablement ... Après avoir financé un premier réseau que l'opérateur ne fait évoluer que sous la contrainte des autorités et uniquement là où la rentabilité est immédiate, le contribuable eurois a remis la main au porte-monnaie pour construire un nouveau réseau. L'opérateur choisi par le Département, qui joue également le rôle de fournisseur d'accès unique à ce jour, emploie les mêmes méthodes que le premier pour atteindre les mêmes objectifs, au détriment, voire au mépris, de ceux que l'on n'ose même plus appeler clients, mais plutôt abonnés ou utilisateurs. Ces termes beaucoup plus génériques favorisent la confusion et permettent surtout de minimiser le sens du service dont doit faire preuve un prestataire envers ses clients.

La situation de monopole dont bénéficie aujourd'hui cet opérateur ne fait qu'augmenter sa voracité et les prix pratiqués sont tout simplement scandaleux pour au moins deux raisons : ils sont largement supérieurs à ceux couramment pratiqués alors même que le service fourni est moindre. La seconde raison est l'engagement pris par le Conseil Général.

On pouvait lire dans l'Eure Vive de Juillet 2005 :

« Autre point important auquel le Conseil Général tenait, c'est un coût très compétitif de l'offre grand public. Le Département s'est assuré que tous les utilisateurs de l'offre grand public paient un même tarif d'abonnement, quelle que soit la technique utilisée et ceci afin de ne pas pénaliser les habitants qui, éloignés des villes et des centraux téléphoniques n'auraient pas d'autre solution que de souscrire à une offre Wimax. Ainsi, le coût de l'abonnement a-t-il été fixé à 14 euros par mois ».

Non, non, il n'y a pas d'erreur, il s'agit bien du département de l'Eure. Lorsqu'on prend connaissance des tarifs de l'offre Wimax vendue par Altitude Télécom dans l'Eure, on croit rêver, ou plutôt cauchemarder.

En effet, le coût très compétitif annoncé par l'opérateur est de 39¤ par mois pour, rappelons-le, un accès à Internet au débit de 1 Mbits/s maximum. Si jamais il prenait à l'abonné l'envie saugrenue d'opter pour la téléphonie illimitée (incluse sans supplément dans la plupart des offres ADSL), il lui faut ajouter 6 euros supplémentaires, soit un total de 45¤ par mois au lieu des 14¤ annoncés et assurés par le Conseil Général. Doit-on en déduire que ce dernier prend en charge la différence ?

A moins qu'il ne s'agisse d'une coquille dans l'Eure Vive : plutôt que « compétitif », il fallait lire « prohibitif » ! En tenant compte du débit de 1 Mbits/s au lieu de 20, le coût de cet abonnement en double play est finalement 30 fois plus cher que les offres courantes en triple play.

Le cauchemard ne s'arrête pourtant pas là. A ces tarifs ahurissants viennent s'ajouter des frais supplémentaires liés à la technologie hertzienne. En effet, il n'est possible d'accéder aux joies du Wimax que par le biais d'une antenne spécifique pour laquelle une caution de 100¤ doit être versée à la souscription et dont l'installation nécessite obligatoirement (aux dires de l'opérateur) l'intervention d'un technicien partenaire ... de l'opérateur pardi ! Le flou le plus total règne sur le coût de cette installation, celui-ci pouvant varier en fonction de la configuration de votre site : 200, 250 ou 300 euros ... entièrement à la charge du client, et même deux fois plutôt qu'une puisque la désinstallation de l'antenne en fin de contrat nécessite une nouvelle intervention du technicien.

Mais quand on aime, on ne compte pas, il ne peut être mis fin au contrat qu'à l'issue de la durée initiale d'engagement qui est à la hauteur de l'impatience des internautes eurois à goûter aux grands frissons du haut débit : 24 mois, rien que ça, pour savourer ce nouveau bas débit au prix prohibitif. De quoi prémunir l'opérateur d'une fuite soudaine de ses abonnés vers la première offre concurrente qui ne manquera pas, espérons-le, de se présenter dans les mois qui viennent.

En conclusion des aspects financiers de l'opération, figure ci-dessous un récapitulatif des coûts relatifs à un abonnement non renouvelé au-delà de la période initiale de deux ans :

Caution:  100 ¤  (restituée en fin de contrat)
Installation:  250 ¤  coût variable selon les particularités du site
Abonnement:  24 x 45 ¤  soit 1080 ¤
Désinstallation:  250 ¤  coût variable selon les particularités du site
TOTAL:  1680 ¤  soit 70,00 ¤ par mois

Il est urgent que le Conseil Général de l'Eure explique à la population comment le tarif très compétitif dont il s'était assuré en 2005 se trouve multiplié par 5 aujourd'hui !

Qu'est devenue cette volonté de ne pas pénaliser les habitants qui n'auraient pas d'autre solution que de souscrire à une offre Wimax ?

----ooOoo----

Pour se convaincre de l'ampleur du désastre, il faut prendre connaissance des conditions générales de vente absolument délicieuses (pour le fournisseur), mais dont la plupart est abusive ou illicite. Rédigées en Novembre 2005 et toujours en vigueur à ce jour, elles sont consultables dans leur intégralité ici : CGV Wimax Altitude Télécom.

En voici quelques morceaux choisis et commentés : CGV Wimax Altitude Télécom commentées.

La simple consultation des jugements rendus récemment à l'encontre d'autres FAI suffit à apprécier les nombreuses irrégularités du contrat proposé par Altitude Télécom.

----ooOoo----
Le parcours des Conditions Générales de Vente de cette offre Wimax dédiée aux particuliers fait passer le lecteur, client potentiel, par des sentiments divers et variés tels que l'incompréhension, la déception, puis la tromperie menant rapidement à la colère.

En effet, la prestation proposée se trouvant très en deça des attentes des internautes et futurs internautes, l'incompréhension immédiate fait rapidement place à une énorme déception. Le haut débit dont il est question n'est pas vraiment à la hauteur de ses prétentions, l'engagement minimaliste du fournisseur qui ne cesse de décliner toute responsabilité en toute circonstance et en toute illégalité n'inspire pas la confiance et, pour couronner le tout, les tarifs qu'il pratique sont exhorbitants au regard du service bas de gamme qu'il propose.

D'autre part, les annonces claires et précises de la part du Conseil Général sont, en l'état actuel des choses, tout simplement mensongères. Pour en apprécier de nouveau tous les détails qui figuraient dans l'Eure Vive de juillet 2005, et qui ne laissent place à aucune ambiguïté, ni erreur d'interprétation, en voici un rappel :

« Autre point important auquel le Conseil Général tenait, c'est un coût très compétitif de l'offre grand public. Le Département s'est assuré que tous les utilisateurs de l'offre grand public paient un même tarif d'abonnement, quelle que soit la technique utilisée et ceci afin de ne pas pénaliser les habitants qui, éloignés des villes et des centraux téléphoniques n'auraient pas d'autre solution que de souscrire à une offre Wimax. Ainsi, le coût de l'abonnement a-t-il été fixé à 14 ¤ par mois ».

Pour tenter d'expliquer, autant que possible, la divergence incroyable qui s'est installée entre ce que laissaient présager ces quelques lignes pleines de bon sens, prometteuses et rassurantes, et l'offre disponible aujourd'hui dans le département, deux hypothèses peuvent être émises.

La première qui vient immédiatement à l'esprit est celle que tous les internautes, et en particulier les oubliés du haut débit, n'ont déjà que trop supportée : l'abus de situation de monopole. Effectivement, Altitude étant aujourd'hui le seul opérateur à commercialiser une offre Wimax aux particuliers, la tentation est sans doute très grande de tirer de la situation et de facturer sans scrupule au prix fort un service dont la qualité n'est finalement que secondaire. Bien qu'inadmissible sur le plan moral, cette attitude n'aurait rien de surprenant sur le marché actuel des télécoms.

La seconde hypothèse, à la décharge de l'opérateur cette fois, est que ce dernier aurait pu être, d'une façon ou d'une autre, contraint de mettre sur pied une offre afin de respecter les engagements pris par le Conseil Général, ou conjointement avec lui, par rapport aux délais fixés et annoncés. L'échéance majeure étant celle de commercialiser une offre grand-public dès le 1er juillet 2006. Le résultat s'en ressent fortement : l'offre est effectivement commercialisée en espérant secrètement que son manque d'attractivité fasse plutôt fuir le client. La cible commerciale d'Altitude étant plutôt orientée vers le monde des entreprises, le grand-public n'est pas forcément souhaité au sein de la maison et il ne faut pas perdre de vue qu'Altitude est devenue filiale d'Iliad, maison mère du fournisseur d'accès Free très attendu par les internautes sur le réseau Net27, mais les négociations semblent plus difficiles que prévu...

Droit de Réponse
Afin de permettre à chacun d'exposer ses remarques et commentaires, ce dossier a été intégralement communiqué au Conseil Général de l'Eure le 05/10/06, puis à Altitude Télécom le 10/10/06. Les réponses obtenues, comme leur absence, seront diffusées sur ce site.

Réponse du Conseil Général de l'Eure

Reçue le 09/10/06
A lire ici

Aucune réponse du FAI Altitude Télécom

En revanche, le délégataire Net27 a répondu au courrier
qui ne lui était pourtant pas adressé

L'intégralité des correspondances échangées avec les différents intervenants ou organismes concernés par le sujet est systématiquement publiée sur ce site à la rubrique Lettres Ouvertes Net27.




Retour    Contact    Accueil